Le colombage normand

Les pièces du colombage normand : le vocabulaire pas à pas

Une maison à colombage est un assemblage de pièces de chêne aux noms précis, chacune avec une fonction définie. Les connaître permet de comprendre ce que l’on regarde lors d’une visite et de poser les bonnes questions à un vendeur ou à un artisan. Voici chaque pièce, dans l’ordre logique de sa mise en place, du sol vers le toit.

La sole — le socle de tout

La sole (ou sablière basse) est la pièce horizontale de chêne posée tout en bas du pan de bois, reposant sur le solin. C’est dans ses mortaises que viennent s’encastrer les pieds de tous les montants verticaux. Elle n’est jamais posée à ras de terre — elle repose sur le solin à 50 cm à 1 mètre de hauteur, légèrement inclinée vers l’extérieur pour que l’eau de ruissellement s’écoule sans stagner. La sole est la pièce la plus exposée à l’humidité : c’est la première à inspecter lors d’une visite.

Les colombes — la trame visible

Les colombes (ou potelets) sont les montants verticaux de chêne qui constituent la trame visible du colombage. Leur espacement définit directement le caractère de la façade. La règle du « tant plein que vide » prescrit que l’espace entre deux potelets soit à peu près égal à leur section : environ 25 à 30 cm dans les deux cas. Un colombage plus lâche, avec des écartements de 60 cm et plus, signale une construction plus économe en bois, généralement plus récente ou moins soignée — les potelets y mesurent alors à peine 20 cm d’épaisseur.

La qualité des colombes dépend aussi de leur préparation. Les potelets fendus à la main dans le sens du fil du bois résistent bien mieux à l’humidité que ceux sciés électriquement, dont les fibres transversales sont ouvertes — une pratique plus récente qui a sensiblement réduit la solidité des constructions modernes en colombage.

Les poteaux corniers — les quatre ancres

Les quatre poteaux d’angle (les corniers) sont les pièces maîtresses autour desquelles s’organise tout le colombage. Ce sont souvent des pièces de réemploi ayant déjà fait leurs preuves dans d’autres édifices — le charpentier normand recyclait sans état d’âme. Ils sont assis sur des blocs de grès ou de craie non gélive pour limiter les remontées d’humidité par le sol, puis mortaisés dans la sole et chevillés.

La sablière intermédiaire — la ligne de partage

La sablière intermédiaire est la pièce horizontale qui court en mi-hauteur de la façade. Elle forme les linteaux des fenêtres et divise visuellement le pan de bois en deux zones : en dessous, les fenêtres et la porte ; au-dessus, les motifs décoratifs régionaux. Sur les bâtiments à étage, cette pièce change de rôle et de position — elle devient la sablière qui sépare le rez-de-chaussée du niveau supérieur.

Les écharpes — décharges obliques et contreventement

Les écharpes sont les pièces obliques intercalées entre les colombes. Leur fonction est structurelle : elles contreventent le pan de bois, résistant aux poussées latérales du vent et du poids de la charpente. Leur disposition varie : en Pays de Caux, des croix de Saint-André occupent seules la partie haute du pan de bois. Dans le Vexin, de courts potelets droits s’y intercalent. Dans les pays les plus riches en colombage élaboré — Pays d’Auge, Lieuvin, Pays d’Ouche —, des montages obliques en chevrons ou en épis remplacent presque toujours la simple croix, parfois associée au losange simple ou double.

Il existe aussi un colombage dit « rayonnant », répandu un peu partout en Normandie : à partir du milieu de la sole, les pièces, d’abord verticales, s’inclinent peu à peu jusqu’à prendre la position de décharges obliques aux extrémités du pan de bois.

Les sommiers — la contrainte qui façonne le plan

Les sommiers sont les grosses poutres qui relient les façades avant et arrière d’une construction. Des troncs de chêne ou d’orme entiers, à peine équarris, fixés aux sablières par un assemblage à clef apparente au nu extérieur des murs. Leur portée maximale — 4 à 5 mètres dans les meilleurs cas — vient du fait qu’ils ne bénéficiaient que très rarement d’un appui intermédiaire, pour ne pas encombrer l’espace habitable. Cette contrainte technique a directement déterminé la profondeur de nombreuses constructions normandes en pan de bois. Les sommiers se confondaient souvent avec l’entrait des fermes du toit et supportaient les solives du plancher du grenier.

Les portes et fenêtres dans le colombage

Les ouvertures résultent de la suppression de deux, trois ou quatre potelets à des endroits choisis dans la carcasse. L’écartement des potelets conditionne la largeur des huisseries : deux intervalles (potilles) pour une fenêtre, trois à quatre pour une porte. L’appui et le linteau de fenêtre se confondent souvent avec la sole et la sablière — les pièces structurelles font office de menuiserie, sans bâti dormant supplémentaire.

La porte s’ouvre fréquemment en deux parties à peu près égales : un battant haut à guichet, et un battant bas, ce dernier seul fermé pour que les animaux, tout en ayant de l’air, ne puissent sortir. C’est le type de porte dite « à viquet », qu’on trouve aussi bien à l’étable qu’à l’habitation. Pour l’habitation seule, l’entrée peut aussi être fermée par une porte pleine, faite d’une succession de panneaux verticaux alternant planches en relief et en creux, soigneusement moulurés.

Questions sur le vocabulaire du colombage

Pourquoi la sole n’est-elle jamais posée directement sur le sol ?

Une pièce de chêne en contact direct avec la terre pourrirait en quelques années par capillarité. La sole repose donc toujours sur un muret — le solin — qui l’isole de l’humidité du sol. C’est l’une des règles les plus constantes de toute la charpenterie normande.

Le colombage d’une maison à étage utilise-t-il les mêmes pièces qu’une maison de plain-pied ?

Les mêmes pièces de base — sole, colombes, sablières, écharpes — mais organisées différemment. Sur une construction à étage, une sablière supplémentaire sépare le rez-de-chaussée du niveau supérieur, et la charpente doit porter un plancher intermédiaire en plus du toit. C’est une différence d’organisation, pas de vocabulaire.

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